Entreprendre dans le bâtiment quand on ne vous attend pas : le parcours de résilience de Charlotte Bourguignon
- eric24920
- 30 janv.
- 4 min de lecture
Le secteur du bâtiment reste l’un des plus exigeants pour qui entreprend. Cycles économiques tendus, pression opérationnelle, exigences clients élevées. Lorsqu’on y ajoute les représentations encore très masculines du métier, le défi devient autrement plus complexe.C’est dans ce contexte que s’inscrit le parcours de Charlotte Bourguignon, gérante de l’entreprise SERS, spécialisée en peinture et revêtements de sols.
Son histoire n’est pas celle d’une trajectoire toute tracée. Elle raconte au contraire ce que vivent de nombreux dirigeants : l’apprentissage accéléré, la remise en question permanente, la nécessité de s’imposer sans renier ses valeurs. Un témoignage fort, porté dans Good Morning Travail, l’émission animée par Eric Cayla sur Radio Clapas.
Entrer dans le bâtiment sans en maîtriser les codes
Charlotte Bourguignon reprend l’entreprise SERS en juin 2019, avec son ex-mari. À l’époque, elle ne dispose d’aucune formation technique dans le métier de la peinture ou des revêtements de sols. Comme beaucoup de repreneurs, elle s’appuie d’abord sur les équipes en place et sur l’existant.
Mais le véritable tournant intervient le 1er janvier 2021, lorsqu’elle reprend seule les rênes de l’entreprise. Séparation personnelle, responsabilité totale de la structure, équipes à rassurer, clients à convaincre : le cumul des enjeux est considérable.
À ce moment-là, tout s’accélère. Il ne s’agit plus seulement de gérer, mais d’apprendre vite, de comprendre un métier technique, et de trouver sa posture de dirigeante dans un univers où elle n’est pas attendue.
Apprendre vite, apprendre bien, apprendre entourée
L’un des enseignements clés de son parcours réside dans la capacité à s’entourer intelligemment. Charlotte Bourguignon ne cherche pas à tout maîtriser immédiatement. Elle s’appuie sur plusieurs piliers :
son frère, aujourd’hui associé à hauteur de 19 %,
les anciens gérants, présents pour transmettre les fondamentaux,
un fournisseur clé, véritable relais technique et stratégique.
Cette approche pragmatique lui permet de monter en compétences rapidement, tout en sécurisant l’activité. Elle comprend que la légitimité ne se décrète pas : elle se construit par la cohérence, la constance et la capacité à prendre des décisions éclairées.
S’imposer comme femme dirigeante dans un milieu masculin
Le défi le plus marquant n’est pas technique. Il est profondément humain et personnel. Assumer sa place de femme dirigeante, jeune, novice dans le métier, et mère célibataire, dans un secteur historiquement masculin, exige une solidité particulière.
Charlotte Bourguignon fait face à des résistances. Certains salariés quittent l’entreprise, ne se reconnaissant pas dans une direction féminine. Ces départs, difficiles sur le moment, deviennent progressivement des révélateurs.
Ils l’obligent à clarifier sa vision managériale, à poser un cadre, et à fédérer autour de valeurs claires : respect, professionnalisme, exigence partagée.
Pour les dirigeants, ce point est essentiel : le leadership ne repose pas sur le genre ou l’ancienneté, mais sur la capacité à incarner un cap et à créer de la confiance.
Gagner en légitimité pour embarquer les équipes
La confiance ne se décrète pas, elle se construit dans le quotidien. Charlotte Bourguignon l’a appris sur le terrain. En s’impliquant, en posant des questions, en acceptant de ne pas tout savoir, elle gagne progressivement en crédibilité.
Son management repose sur une posture claire :
écouter avant de trancher,
assumer les décisions une fois prises,
reconnaître les compétences de chacun.
Cette cohérence permet de stabiliser l’équipe. Aujourd’hui, l’entreprise SERS compte 5 collaborateurs, bientôt 6, et fonctionne dans un climat plus serein, orienté vers la qualité du travail et la satisfaction client.
SERS aujourd’hui : consolider et se projeter
L’activité de SERS couvre la peinture et les revêtements de sols, auprès :
de particuliers,
de professionnels,
de syndics de copropriété.
Une attention particulière est portée au développement du secteur tertiaire, avec des attentes élevées en matière de délais, de coordination et de fiabilité.
Charlotte Bourguignon aborde l’avenir avec sérénité. Des relations de confiance se sont nouées avec de grands groupes, offrant une visibilité accrue sur les prochaines années. L’horizon 2026 est envisagé avec lucidité, mais sans inquiétude excessive.
S’engager pour faire évoluer la profession
Au-delà de son entreprise, Charlotte Bourguignon est fortement engagée dans la vie professionnelle du secteur. Elle s’implique activement au sein de la Fédération du Bâtiment et occupe la fonction de présidente régionale de l’Union Professionnelle de la Finition.
Cet engagement traduit une conviction forte : faire évoluer les pratiques passe aussi par l’action collective. Représenter le métier, défendre les entreprises, valoriser les savoir-faire, mais aussi ouvrir la voie à plus de diversité dans les instances professionnelles.
Pour les dirigeants, c’est un rappel utile : l’influence ne se limite pas à son entreprise. Elle se construit aussi dans les réseaux, les syndicats, et les espaces de dialogue.
Résilience et leadership au quotidien
Le parcours de Charlotte Bourguignon met en lumière une réalité souvent tue : entreprendre, c’est aussi traverser des périodes de fragilité. La résilience ne consiste pas à nier les difficultés, mais à les transformer en leviers d’apprentissage.
Dans son cas, les épreuves personnelles ont renforcé la clarté de ses choix professionnels. Elles ont forgé un leadership plus affirmé, fondé sur l’authenticité et la responsabilité.
Ce témoignage résonne particulièrement dans un contexte où les dirigeants sont attendus sur leur capacité à tenir dans la durée, à donner du sens et à incarner leurs décisions.
En pratique : ce que les dirigeants peuvent en retenir
Plusieurs enseignements concrets se dégagent de ce parcours :
✅ Accepter de ne pas tout savoir au départ et apprendre vite.
✅ S’entourer de relais fiables pour sécuriser les phases critiques.
✅ Assumer pleinement sa posture de dirigeant, même lorsqu’elle bouscule les codes.
✅ Transformer les résistances en opportunités de clarification managériale.
Conclusion
Le parcours de Charlotte Bourguignon rappelle que l’entrepreneuriat n’est pas réservé à ceux qui cochent toutes les cases au départ. Il récompense la ténacité, la capacité à apprendre et le courage d’assumer sa place.
Dans un secteur exigeant comme le bâtiment, son témoignage illustre une réalité inspirante : il est possible de s’imposer durablement, sans renier ni ses valeurs ni son identité.
🎙️ Pour découvrir l’échange complet dans Good Morning Travail sur Radio Clapas :https://www.radioclapas.fr/portfolio/good-morning-travail/




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