Kelkun : réinventer la mise en relation artisans-clients par la confiance
- Antoine OJEDA
- 15 déc. 2025
- 4 min de lecture
Trouver un artisan fiable reste, pour beaucoup de dirigeants comme pour les particuliers, une source de stress. Retards, devis non honorés, budgets flous, manque de visibilité… Côté artisans, la situation est tout aussi tendue : prospection chronophage, devis à perte, marges fragiles, pression économique accrue.C’est de ce double constat qu’est né Kelkun, un projet porté par Grégory Valency, entrepreneur du bâtiment depuis 17 ans, avec une ambition claire : sécuriser la relation entre l’offre et la demande, sans déshumaniser le métier.
Dans cet épisode de Good Morning Travail, Grégory partage la genèse d’une plateforme pensée comme un tiers de confiance, à contre-courant des logiques de mise en concurrence agressive.
Quand l’expérience terrain devient point de départ
17 ans dans le bâtiment, et un constat lucide
Avant d’être un projet digital, Kelkun est d’abord une histoire vécue. Grégory Valency a passé près de deux décennies dans le bâtiment et l’énergie, à la tête de plusieurs structures (Aclimatis, HomeWatt, Clima Service).Sur le terrain, les mêmes problématiques reviennent inlassablement :
Des artisans qui passent un temps considérable à établir des devis, souvent sans suite.
Des clients qui peinent à identifier des professionnels fiables.
Une relation qui démarre fréquemment dans la méfiance.
Un chiffre illustre particulièrement cette dérive : un devis non validé coûte en moyenne entre 60 et 80 euros à un artisan. Rapporté à plusieurs centaines, voire milliers de devis par an, la perte devient structurelle. Pour certains, cela représente plus de 100 000 euros de travail non rémunéré.
Des clients tout aussi perdus
Côté clients, la difficulté est différente mais tout aussi réelle. Le réflexe reste le bouche-à-oreille, souvent approximatif. Selon certaines estimations, près d’un tiers des particuliers trouvent encore un artisan via des circuits informels.
Résultat : incertitude sur la qualité, délais imprévisibles, incompréhensions sur les prix.
La question qui revient toujours est simple :« Tu ne connais pas quelqu’un ? »
C’est précisément cette phrase qui a inspiré le nom du projet.
L’inspiration des plateformes… sans en copier les excès
Doctolib, Uber, Booking : la confiance comme standard
Grégory Valency ne cache pas son inspiration pour certaines grandes plateformes digitales. Non pas pour leur puissance financière, mais pour ce qu’elles ont réussi à instaurer : un réflexe de confiance dans la mise en relation.
Doctolib a sécurisé l’accès aux professionnels de santé.
Uber a fluidifié la relation entre usagers et chauffeurs.
Booking a standardisé la réservation dans l’hôtellerie.
Dans tous ces cas, la valeur clé n’est pas le prix, mais la sécurisation de la relation.
Kelkun : une approche éthique et humanisée
Kelkun prend le contre-pied de nombreux modèles existants dans l’artisanat :
Pas de mise en concurrence directe entre artisans.
Pas de notation de prix imposée.
Pas de dévalorisation du savoir-faire.
Le prix reste l’affaire de l’artisan. La plateforme n’est pas un comparateur, mais un facilitateur de confiance.
Un modèle pensé pour protéger artisans et clients
Sécurisation en trois phases côté artisans
Pour être référencé sur Kelkun, l’artisan passe par un processus structuré :
Vérification administrative complèteStatuts, assurances, sinistralité éventuelle : rien n’est laissé au hasard.
Relation avec la plateformeL’artisan est évalué sur sa capacité à interagir, à répondre, à respecter les engagements.
Contrôle du travail réaliséVia photos, vidéos ou ambassadeurs terrain, selon les prestations.
L’objectif n’est pas de sanctionner, mais de garantir un socle de fiabilité.
Un paiement sécurisé et transparent
Autre point clé du dispositif : l’argent.Le paiement est conservé par la plateforme pendant la durée des travaux, puis reversé à l’artisan une fois l’intervention terminée. Sans surcoût, sans surprise.
Cette mécanique protège les deux parties et réduit fortement les tensions habituelles liées aux acomptes ou aux impayés.
Un modèle économique volontairement mesuré
Pas d’abonnement, pas de barrière à l’entrée
Kelkun est gratuit à l’inscription et à l’utilisation. Pas d’abonnement mensuel, pas de coût caché.Le modèle repose uniquement sur la transaction :
15 % de commission uniquement sur les interventions d’urgence et de dépannage.
Frais de mise en relation de 8 à 40 euros pour les travaux et projets.
Un positionnement assumé comme l’un des plus accessibles du marché, conçu pour ne pas fragiliser davantage des artisans déjà sous pression.
Un lancement ciblé, mais ambitieux
Le lancement est prévu en août 2024, avec un premier périmètre centré sur le secteur de la maison.Le principal défi identifié n’est pas technique, mais stratégique : la diffusion.Créer un réflexe d’usage, comme l’ont fait d’autres plateformes avant elle.
L’artisanat français face à une période critique
Une conjoncture sous tension
La discussion a également mis en lumière les difficultés structurelles actuelles :
Ralentissement des ventes immobilières.
Réduction des aides à la rénovation énergétique.
Manque de main-d’œuvre jeune.
Vieillissement de la population artisanale.
Plus de 70 000 fermetures d’entreprises sur l’année écoulée.
Dans ce contexte, chaque levier d’optimisation devient stratégique, notamment sur la prospection et la sécurisation des revenus.
Une posture personnelle assumée
Fait notable : Grégory Valency ne peut pas utiliser Kelkun pour ses propres entreprises. Ses avocats l’en ont dissuadé pour éviter tout conflit d’intérêts.Une décision cohérente avec sa philosophie : ne pas travailler pour l’argent, mais pour le service rendu, la proximité et le respect des budgets.
En pratique : ce que les dirigeants peuvent en retenir
→ Sécuriser la mise en relation est souvent plus stratégique que baisser les prix.→ Réduire le coût invisible du devis améliore directement la rentabilité.→ La confiance est un actif économique, pas un concept abstrait.→ Un modèle éthique peut aussi être viable économiquement.→ Digitaliser ne signifie pas déshumaniser, à condition de poser des garde-fous.
Conclusion : replacer l’humain au cœur de la performance
Kelkun ne se présente pas comme une solution miracle, mais comme une tentative structurée de rééquilibrer une relation devenue trop fragile.Dans un secteur sous tension, la capacité à recréer de la confiance devient un véritable levier de performance durable.
Un projet qui résonne particulièrement avec les enjeux actuels des dirigeants : sécuriser, simplifier, sans renier les valeurs du métier.
🎙️ Pour découvrir l’échange complet avec Grégory Valency et comprendre les coulisses de Kelkun :https://www.radioclapas.fr/portfolio/good-morning-travail/




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