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Made in France : la vérité d’un dirigeant qui fabrique quand même

  • Photo du rédacteur: Antoine OJEDA
    Antoine OJEDA
  • 12 janv.
  • 4 min de lecture

Le Made in France fait rêver. Il rassure les consommateurs, inspire les décideurs publics et nourrit les discours de marque. Mais derrière l’étiquette, la réalité industrielle est autrement plus complexe.

Dans le textile, et plus encore dans le sport de haut niveau, rares sont les dirigeants capables d’en parler sans langue de bois. Samir Marouani, fondateur de Ween Korp et de sa marque Majestee, fait partie de ceux-là. Depuis plus de vingt ans, il développe une PME textile qui habille aussi bien des clubs professionnels que de grandes entreprises, en affrontant de plein fouet les paradoxes du Made in France.

Son parcours éclaire une question clé pour les dirigeants : comment rester compétitif, créer de l’emploi et défendre une vision industrielle, quand produire 100 % français relève parfois de l’impossible ?

Le parcours d’un entrepreneur qui a voulu y croire

Diplômé d’école de commerce, Samir Marouani se lance dans le textile sportif dès 2004. À l’époque, la conviction est forte : il est encore possible de fabriquer en France, même dans un secteur dominé par les géants internationaux.

En 2012, la structuration de l’activité s’accélère. Ween Korp se positionne sur la confection, la production et la distribution de textiles, avec une ambition claire : maîtriser la chaîne de valeur, du produit brut jusqu’à la personnalisation finale.

Très vite, la réalité industrielle rattrape l’idéalisme.

Les partenaires français, censés assurer la production, enchaînent les difficultés. Certains disparaissent, d’autres ne tiennent pas les volumes ou les délais. La faillite de Dubois Sport, puis d’autres acteurs historiques, marque un tournant.

👉 Continuer à produire coûte que coûte en France… ou trouver un modèle viable pour survivre.

Produire ailleurs pour continuer à exister

Le choix est pragmatique, parfois critiqué, mais assumé : une partie de la production est délocalisée.

Pakistan, Chine, Portugal, Turquie, Maroc. Ces pays deviennent des partenaires industriels, non par opportunisme, mais par nécessité économique et technique. Sans cela, l’entreprise ne passe pas le cap.

Pour autant, Ween Korp ne renonce pas à sa vision industrielle française.

Une grande partie de la valeur ajoutée reste localisée en France :

  • assemblage final,

  • broderie,

  • sublimation,

  • sérigraphie,

  • impression DTF.

Sur certains produits, plus de 60 % de la valorisation est réalisée sur le territoire français. Une réalité rarement expliquée dans les discours simplistes sur le Made in France, mais bien connue des dirigeants confrontés aux contraintes du terrain.

Résister face aux grandes marques du sport

Le défi est d’autant plus grand que Ween Korp ne travaille pas à la marge du sport. L’entreprise équipe :

  • des clubs français de premier plan (volley, football, rugby),

  • des fédérations internationales,

  • des délégations nationales engagées aux Jeux Olympiques.

Dans ce contexte, une question revient sans cesse : pourquoi n’existe-t-il plus de grande marque française dans le sport de haut niveau ?

La réponse tient en trois mots : coûts, volumes, délais.

Les marques mondiales bénéficient d’économies d’échelle colossales, d’outils industriels intégrés et d’une puissance marketing hors norme. Pour une PME française, tenir tête impose :

  • une agilité extrême,

  • une maîtrise technique irréprochable,

  • une capacité à produire vite, juste et au bon prix.

C’est précisément sur ce terrain que Ween Korp s’est imposée.

Le Made in France, version dirigeant

Pour Samir Marouani, le Made in France n’est ni un slogan ni un argument marketing. C’est un équilibre permanent entre vision et réalité économique.

Produire en France, oui, dès que c’est possible.Produire ailleurs, aussi, quand c’est indispensable à la survie de l’entreprise.

Cette approche lui permet de rester indépendant. Depuis la création, aucun prêt bancaire, aucun investisseur. L’entreprise s’est construite uniquement par autofinancement, en réinvestissant chaque euro dans l’outil de production et les équipes.

Aujourd’hui, Ween Korp, basée à Saint-Jean-de-Védas, c’est :

  • une quinzaine de collaborateurs dans l’Hérault,

  • des équipes à Bordeaux et Toulon,

  • une nouvelle implantation à La Réunion,

  • un développement en réseau, au plus près des clients.

Technologie et relocalisation : une fenêtre qui s’ouvre

L’un des messages forts portés par Samir Marouani concerne l’évolution technologique. Là où le Made in France était hier économiquement intenable, certaines innovations changent la donne.

Automatisation, impression numérique, réduction des séries, personnalisation à la demande… Ces avancées permettent d’envisager un retour progressif de certaines productions en France, à condition d’investir et de repenser les modèles industriels.

Pour les dirigeants, le sujet n’est pas idéologique. Il est stratégique :

  • sécuriser les chaînes d’approvisionnement,

  • réduire les délais,

  • mieux répondre aux attentes clients,

  • créer de l’emploi localement, sans fragiliser l’entreprise.

En pratique : ce que les dirigeants peuvent retenir

En pratique

  • ✅ Ne pas confondre Made in France et discours marketing : raisonner en chaîne de valeur.

  • ✅ Sécuriser plusieurs sources de production pour éviter la dépendance.

  • ✅ Réinternaliser ce qui crée le plus de valeur différenciante.

  • ✅ Investir dans les technologies qui rendent la relocalisation crédible.

  • ✅ Assumer un discours de dirigeant, même s’il bouscule les idées reçues.

Un témoignage sans filtre sur l’industrie française

Le parcours de Samir Marouani rappelle une réalité souvent tue : ce ne sont pas les convictions qui manquent aux dirigeants français, mais des conditions industrielles viables.

Entre ambition, lucidité et persévérance, son histoire illustre une autre manière de parler du Made in France. Une parole utile, concrète, et surtout inspirante pour celles et ceux qui dirigent, recrutent et produisent.

🎙️ Pour écouter l’épisode complet de Good Morning Travail :https://www.radioclapas.fr/portfolio/good-morning-travail/



 
 
 

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