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Souveraineté numérique : pourquoi les entreprises françaises doivent reprendre le contrôle de leurs outils technologiques

il y a 12 minutes
6 min de lecture

La visioconférence, le stockage des données, les logiciels collaboratifs ou encore les infrastructures cloud sont devenus indispensables au fonctionnement des organisations. Pourtant, derrière ces usages quotidiens se cache une question stratégique que les dirigeants ne peuvent plus ignorer : qui contrôle réellement les technologies sur lesquelles repose leur activité ?

Pour Renaud Ghia, président de Tixéo, éditeur français de solutions de visioconférence sécurisées, la souveraineté numérique dépasse largement le cadre informatique. Elle touche directement à l'indépendance économique, à la sécurité des organisations et à la capacité d'un pays à maîtriser son propre avenir technologique.

À l'occasion de son passage dans Good Morning Travail, sur RADIO CLAPAS, il partage une conviction forte : la France dispose des compétences nécessaires pour construire des alternatives technologiques crédibles. Encore faut-il se donner les moyens de les développer et de les faire vivre.

1. La souveraineté numérique : un enjeu stratégique pour les dirigeants

Pendant longtemps, le choix d'un logiciel s'est essentiellement résumé à une question de fonctionnalités, de coût et de simplicité d'utilisation. Les solutions américaines ont progressivement pris une place dominante dans les environnements professionnels, jusqu'à devenir incontournables dans de nombreuses entreprises.

Mais cette facilité d'adoption a un revers : elle peut installer une dépendance technologique difficile à remettre en question.

Renaud Ghia souligne notamment la concentration du marché autour de grands acteurs internationaux. Il évoque un chiffre particulièrement révélateur : selon les estimations qu'il avance, près de 80 % des dépenses informatiques françaises seraient orientées vers des solutions non européennes.

Cette situation pose une question fondamentale aux décideurs : une entreprise peut-elle véritablement maîtriser son activité si ses outils essentiels dépendent d'infrastructures, de technologies et de décisions prises à l'étranger ?

La question ne concerne pas uniquement les administrations ou les entreprises de défense. Une PME qui utilise quotidiennement une messagerie, une plateforme collaborative ou un outil de visioconférence étranger est également concernée.

La souveraineté numérique consiste précisément à conserver une capacité de décision sur ses ressources technologiques : choix des fournisseurs, hébergement, accès aux données, sécurité, maintenance et évolution des outils.

Pour un dirigeant, il ne s'agit donc pas de remplacer systématiquement toutes les solutions étrangères. Il s'agit d'identifier les dépendances critiques et de mesurer les risques qu'elles représentent pour la continuité de l'activité.

2. La dépendance technologique : un risque qui dépasse la cybersécurité

Lorsqu'on évoque la sécurité numérique, on pense spontanément aux cyberattaques, aux vols de données ou aux tentatives de piratage. Pourtant, Renaud Ghia attire l'attention sur une autre dimension : la dépendance juridique et géopolitique.

Les législations américaines, notamment le Cloud Act, peuvent permettre aux autorités américaines, sous certaines conditions légales, d'obtenir des données détenues ou contrôlées par des entreprises soumises à leur juridiction, y compris lorsque ces données sont hébergées à l'étranger.

Cela ne signifie pas que toutes les données confiées à un prestataire américain sont automatiquement accessibles aux autorités. Mais cette réalité juridique doit être intégrée dans l'analyse des risques.

Pour les organisations qui manipulent des informations stratégiques, confidentielles ou sensibles, le sujet devient particulièrement important.

Le président de Tixéo pousse également le raisonnement plus loin en évoquant un scénario moins souvent envisagé par les entreprises : celui d'une interruption volontaire de services numériques par un État tiers.

C'est le principe du « Kill Switch » : la possibilité qu'un acteur extérieur puisse provoquer l'indisponibilité d'une technologie ou d'un service essentiel.

Imaginons les conséquences d'une telle situation pour une entreprise dont les outils de communication, les systèmes industriels ou certaines fonctions opérationnelles reposent entièrement sur des technologies qu'elle ne maîtrise pas.

Les conséquences pourraient rapidement dépasser le simple inconfort informatique : désorganisation des équipes, interruption de services, ralentissement de la production ou impossibilité de communiquer avec certains partenaires.

Pour les dirigeants, cette réflexion doit conduire à intégrer la souveraineté numérique dans la stratégie de gestion des risques, au même titre que la cybersécurité, la dépendance énergétique ou la sécurisation des approvisionnements.

3. Le logiciel libre suffit-il à garantir la souveraineté ?

Face à la domination des grandes plateformes internationales, le recours aux solutions open source est souvent présenté comme une réponse naturelle.

L'accès au code source constitue effectivement un avantage important. Il permet d'étudier le fonctionnement d'un logiciel, de l'adapter et, sous réserve de sa licence, de le faire évoluer.

Mais pour Renaud Ghia, il faut éviter un raccourci : open source ne signifie pas automatiquement souverain.

Un logiciel peut être librement accessible tout en reposant sur une infrastructure étrangère, une technologie développée par une entreprise non européenne ou des compétences techniques difficiles à mobiliser localement.

L'exemple de LiveKit, une technologie américaine utilisée dans l'univers de la communication en temps réel, illustre cette distinction.

Accéder au code source ne garantit pas nécessairement la capacité de maintenir une solution dans la durée, de corriger ses vulnérabilités, de développer de nouvelles fonctionnalités ou de poursuivre son exploitation si son éditeur change de stratégie.

La véritable autonomie repose donc sur un ensemble de compétences et de ressources : maîtrise du code, expertise technique, capacité de développement, maintenance et contrôle des infrastructures.

C'est une distinction essentielle pour les décideurs. Choisir une solution open source peut être pertinent, mais cela ne dispense pas d'étudier l'origine des composants, la gouvernance du projet et la capacité réelle du fournisseur à garantir sa pérennité.

La souveraineté ne se décrète pas à partir d'une licence logicielle. Elle se construit à travers une maîtrise technologique concrète.

4. Tixéo : une alternative française fondée sur la maîtrise technologique

C'est précisément sur cette conviction que repose le positionnement de Tixéo.

L'entreprise, présidée par Renaud Ghia, développe une solution de visioconférence sécurisée destinée notamment aux organisations ayant des exigences élevées en matière de confidentialité et de protection des communications.

Sa particularité repose sur deux éléments : le chiffrement de bout en bout et la maîtrise souveraine de sa technologie.

Tixéo compte 35 collaborateurs et fonctionne intégralement en télétravail. Un modèle d'organisation qui démontre qu'une entreprise technologique peut développer son expertise et coordonner ses équipes sans nécessairement s'appuyer sur une présence physique centralisée.

L'entreprise intervient notamment auprès d'acteurs de la défense et d'organismes sensibles. Elle dispose de certifications et qualifications délivrées dans le cadre des référentiels de l'ANSSI, un élément important dans un secteur où les exigences de sécurité sont particulièrement élevées.

Son positionnement illustre une réalité parfois sous-estimée : la France dispose d'entreprises capables de concevoir des technologies avancées et de répondre à des besoins stratégiques.

Reste une question essentielle : comment permettre à ces acteurs de se développer face à des concurrents internationaux bénéficiant d'une puissance financière, commerciale et technologique considérable ?

Renaud Ghia évoque notamment le rôle des politiques publiques et les choix de l'administration française en matière de développement de solutions numériques internes. Il soulève ainsi un débat sur la place que l'État doit accorder aux éditeurs nationaux et sur la manière de soutenir un véritable écosystème technologique français.

Derrière cette réflexion se trouve un enjeu économique majeur : développer des solutions souveraines suppose aussi de leur donner des débouchés, de financer l'innovation et de conserver les compétences sur le territoire.

En pratique : 5 réflexes pour intégrer la souveraineté numérique à sa stratégie

Pour les dirigeants et les managers, la souveraineté numérique peut sembler être un sujet complexe, réservé aux directions informatiques. Pourtant, plusieurs actions permettent de commencer à agir concrètement.

1. Cartographier ses dépendances technologiques.Identifier les logiciels et infrastructures indispensables au fonctionnement de l'entreprise. Quels sont les fournisseurs ? Où sont situées les données ? Que se passe-t-il si un service devient indisponible ?

2. Évaluer les risques juridiques.Examiner les législations auxquelles sont soumis les prestataires et les conditions dans lesquelles les données peuvent être accessibles à des autorités extérieures.

3. Ne pas confondre open source et souveraineté.Étudier l'origine des composants, les compétences mobilisables et la capacité réelle du fournisseur à maintenir sa solution.

4. Prévoir des solutions de continuité.Anticiper les interruptions de services en identifiant des alternatives et en prévoyant des scénarios de fonctionnement dégradé.

5. Intégrer la souveraineté dans les décisions d'achat.Au-delà du prix et des fonctionnalités, ajouter des critères de maîtrise technologique, de sécurité, de pérennité et d'indépendance.

Conclusion : la souveraineté numérique est aussi une question de volonté

La souveraineté numérique n'est pas un simple sujet technique. Elle engage la capacité des entreprises françaises à protéger leurs informations, à maîtriser leurs outils et à préserver leur indépendance dans un environnement économique de plus en plus interconnecté.

Le témoignage de Renaud Ghia met en lumière une contradiction : la France dispose de compétences, d'entrepreneurs et d'entreprises capables de développer des alternatives crédibles, mais leur développement nécessite un environnement favorable et des choix stratégiques cohérents.

C'est aussi une question de vision pour les dirigeants. Investir dans une technologie ne consiste pas seulement à acheter un outil performant aujourd'hui. C'est choisir un partenaire, une architecture et une dépendance pour les années à venir.

Cette approche rejoint une conviction portée par Sublica : la performance durable repose sur la maîtrise de ses ressources et sur la capacité à conserver les compétences stratégiques qui font la différence.

La France a-t-elle les moyens de reprendre le contrôle de son destin numérique ? Pour Renaud Ghia, le potentiel existe. La volonté politique et économique fera la différence.

🎙️ Pour découvrir l'analyse de Renaud Ghia et approfondir les enjeux de la souveraineté numérique, retrouvez son intervention dans Good Morning Travail sur RADIO CLAPAS :

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