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Transmission d’entreprise : préparer la relève sans imposer son chemin

il y a 7 heures
5 min de lecture

Transmettre une entreprise familiale est un exercice d’équilibre. Il faut préserver ce qui fait la force de l’entreprise tout en permettant à la génération suivante de construire sa propre manière de diriger.

Dans le métier de traiteur événementiel, cette question prend une dimension particulière. L’activité repose sur des savoir-faire multiples, une forte exigence opérationnelle et une capacité à répondre à des demandes parfois imprévisibles. La transmission ne peut donc pas se résumer à une succession juridique ou patrimoniale.

Chez Cabiron Traiteurs, Bernard Cabiron incarne cette transmission à la troisième génération. Son parcours permet de poser une question essentielle aux dirigeants : comment transmettre une entreprise sans transmettre une trajectoire toute tracée ?

Transmettre une entreprise, c’est d’abord transmettre un métier

Le métier de traiteur événementiel reste relativement méconnu. Pourtant, il rassemble une grande diversité de compétences : cuisine, pâtisserie, logistique, service, gestion des équipes, relation client, commercial et organisation d’événements.

Cette diversité fait aussi toute la complexité du métier. Les contraintes sont nombreuses et les marges peuvent être faibles. La réussite repose autant sur la qualité de l’exécution que sur la capacité à anticiper les imprévus.

Les habitudes des clients ont par ailleurs évolué. Après la crise sanitaire, les demandes peuvent être plus tardives et les organisations plus volatiles. Certains événements importants peuvent désormais être sollicités quelques jours ou quelques semaines seulement avant leur réalisation.

Dans cet environnement, transmettre une entreprise signifie donc transmettre bien davantage qu'un portefeuille clients ou des procédures. Il faut transmettre une culture du métier, des réflexes, des exigences et une capacité à décider rapidement.

C’est précisément ce qui rend la transmission managériale si importante.

Une succession réussie commence parfois par… ne pas décider à la place de ses enfants

Dans une entreprise familiale, la tentation peut être forte de préparer très tôt la relève. Mais transmettre ne signifie pas nécessairement désigner son successeur dès le départ.

Bernard Cabiron a fait un choix différent : ne jamais pousser ses fils vers le métier de traiteur.

Cette liberté peut sembler paradoxale lorsqu’un dirigeant souhaite assurer la pérennité de son entreprise. Elle constitue pourtant un élément déterminant de l’engagement du futur dirigeant.

Le fils aîné a ainsi construit son propre parcours avant de rejoindre progressivement l’entreprise familiale. Il a notamment passé cinq années chez Potel et Chabot, acteur majeur du secteur, et a pu se confronter à d’autres méthodes de travail et à une organisation différente.

Cette expérience extérieure apporte une ressource précieuse lors d’une transmission : un futur dirigeant qui connaît l’entreprise familiale, mais qui n’a pas uniquement appris à travailler dans son environnement familial.

Pour un dirigeant, accepter ce détour demande une certaine confiance. Il faut laisser le futur successeur expérimenter, comparer et parfois construire des convictions différentes des siennes.

Devenir dirigeant progressivement, plutôt que du jour au lendemain

La transmission devient particulièrement intéressante lorsqu’elle est conçue comme une montée en responsabilité.

Chez Cabiron Traiteurs, le fils de Bernard dirige aujourd’hui l’équipe commerciale, composée de dix collaborateurs. Son père conserve quant à lui la responsabilité des dimensions stratégique, financière et sociale de l’entreprise.

Cette organisation crée une forme de partage des rôles.

Le successeur dispose d’un véritable périmètre de responsabilité. Il peut prendre des décisions, manager une équipe et développer sa propre vision du commerce. Dans le même temps, le dirigeant historique reste présent sur des fonctions qui nécessitent son expérience et sa connaissance de l’entreprise.

L’enjeu n’est alors plus de savoir quand passer complètement la main, mais de déterminer comment augmenter progressivement l’autonomie du futur dirigeant.

Cette approche peut être particulièrement pertinente dans les entreprises familiales. Une transmission brutale risque de créer un vide : le nouveau dirigeant doit tout apprendre au moment même où il doit rassurer les équipes, les clients et les partenaires.

Une transmission progressive permet au contraire de créer des repères.

Le bon dosage entre distance et conseil

Reste une difficulté majeure : comment accompagner sans reprendre le contrôle ?

C’est probablement l’un des sujets les plus sensibles dans une succession familiale. Le dirigeant qui a construit ou développé l’entreprise possède une expérience considérable. Il voit parfois venir les difficultés avant même que le successeur ne les identifie.

Mais conseiller n’est pas décider.

La transmission suppose donc de trouver la bonne distance : être suffisamment présent pour partager son expérience, tout en laissant le futur dirigeant prendre ses propres décisions.

Cette distinction est également une question de management. Elle oblige le dirigeant historique à accepter que la prochaine génération puisse faire différemment — et parfois se tromper.

La transmission devient un enjeu stratégique pour tout le secteur

Le sujet dépasse largement les seules entreprises familiales.

Le secteur du traiteur événementiel connaît actuellement des évolutions importantes. Bernard Cabiron, qui a récemment exercé la présidence nationale des Traiteurs de France, observe directement ces transformations.

En 2025, plusieurs entreprises importantes du secteur ont connu des changements de génération ou de gouvernance. Certaines ont été reprises par les enfants des dirigeants historiques, tandis qu’une autre a fait le choix d’une reprise par ses salariés.

Ces évolutions illustrent une réalité : la transmission devient une question stratégique pour la pérennité des entreprises.

Pour un dirigeant, anticiper cette étape permet de travailler plusieurs sujets en parallèle : la montée en compétences, la légitimité du successeur, la répartition des responsabilités, la relation avec les équipes et la préservation de la performance.

Le recrutement et la fidélisation prennent également une place importante. Une entreprise qui prépare sa relève doit être capable d’identifier les compétences dont elle aura besoin demain et de créer les conditions permettant à ses futurs responsables de prendre progressivement leur place.

C’est aussi là que l’accompagnement extérieur peut apporter un regard utile, notamment lorsqu’il s’agit de sécuriser les enjeux de recrutement, de management et de performance commerciale.

En pratique

Pour un dirigeant qui souhaite préparer une transmission, quelques principes peuvent servir de repères :

  • Laisser le futur successeur choisir son parcours : une expérience extérieure peut renforcer sa légitimité et enrichir sa vision.

  • Définir progressivement les responsabilités : mieux vaut un périmètre clair qui s’élargit qu’une prise de pouvoir soudaine.

  • Distinguer conseil et décision : accompagner la nouvelle génération ne signifie pas décider à sa place.

  • Préparer les équipes : une transmission réussie concerne aussi les collaborateurs qui doivent comprendre l’évolution de la gouvernance.

  • Anticiper plusieurs années à l’avance : la transmission est un processus, pas une date inscrite dans un calendrier.

Transmettre un patrimoine, mais surtout une capacité à entreprendre

La réussite d’une transmission familiale ne se mesure pas uniquement à la continuité du nom ou de l’actionnariat.

Elle se mesure aussi à la capacité du successeur à devenir progressivement un dirigeant à part entière, avec ses propres expériences, ses décisions et sa vision.

Le parcours de Bernard Cabiron et de son fils illustre une approche fondée sur cette idée : préparer la relève sans enfermer la génération suivante dans un rôle prédéfini.

Dans un secteur aussi exigeant que l’événementiel, cette capacité à conjuguer héritage et renouvellement peut devenir un véritable facteur de pérennité.

🎙️ Pour découvrir l’échange avec Bernard Cabiron dans Good Morning Travail https://audmns.com/ZMNyUkl

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