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Transmission intergénérationnelle : quand les différences deviennent une force managériale

il y a 11 minutes
5 min de lecture

Faire travailler ensemble plusieurs générations ne consiste pas simplement à faire cohabiter des âges, des parcours et des habitudes différentes. Pour un dirigeant, c’est surtout une question de management : comment transmettre l’expérience sans freiner les nouvelles façons de travailler ? Comment permettre aux jeunes générations d’apporter leurs codes et leurs idées tout en valorisant l’expertise de celles qui les ont précédées ?

Chez Stim, entreprise spécialisée dans les systèmes de vidéosurveillance et le traitement de l’image par intelligence artificielle, cette question prend une dimension particulière. À 59 ans, son dirigeant Arturo del Rio défend une vision de l’entreprise dans laquelle la transmission ne va pas dans un seul sens.

L’expérience des seniors est précieuse. Mais la capacité des jeunes à questionner les habitudes, à maîtriser de nouveaux outils et à faire évoluer les pratiques l’est tout autant.

La transmission ne doit plus être pensée à sens unique

Pendant longtemps, la transmission en entreprise a été associée à une logique assez simple : les collaborateurs expérimentés transmettent leur savoir aux plus jeunes.

Cette approche reste évidemment pertinente. Certaines compétences ne s’acquièrent qu’avec le temps, notamment lorsqu’elles reposent sur l’expérience, la connaissance des clients, la compréhension des situations complexes ou la capacité à prendre du recul.

Mais elle ne suffit plus.

Les jeunes générations arrivent avec d’autres références, d’autres usages et une relation différente au travail. Elles peuvent également apporter des compétences que les générations précédentes n’ont pas nécessairement eu l’occasion de développer au même moment de leur carrière.

Pour un manager, l’enjeu consiste donc à créer les conditions d’un échange réciproque.

Le senior transmet son expérience. Le junior apporte un regard neuf.

Le senior explique pourquoi certaines décisions ont été prises. Le junior peut demander si ces raisons sont toujours valables aujourd’hui.

Cette confrontation constructive peut devenir un formidable moteur d’amélioration.

Le rôle du dirigeant : créer le dialogue

La transmission intergénérationnelle ne fonctionne pas spontanément. Elle nécessite un cadre et, surtout, une volonté managériale.

Cela commence par la capacité du dirigeant à considérer les différences comme une ressource plutôt que comme une difficulté à gérer.

Une entreprise qui accueille régulièrement des stagiaires, qui intervient auprès des écoles ou qui entretient des relations avec les établissements de formation crée naturellement davantage de passerelles avec les nouvelles générations.

Mais cette ouverture ne doit pas être réduite à une politique de recrutement.

Elle doit également se traduire dans les pratiques quotidiennes : écouter, expliquer, faire participer, donner des responsabilités et accepter que certaines habitudes puissent être remises en question.

Recruter des jeunes, c’est aussi accepter de faire évoluer son entreprise

L’arrivée de jeunes collaborateurs oblige parfois l’entreprise à regarder ses propres pratiques avec davantage de recul.

Pourquoi travaille-t-on de cette manière ? Pourquoi cette organisation est-elle considérée comme normale ? Pourquoi ce processus n’a-t-il jamais été remis en question ?

Ces questions peuvent être déstabilisantes pour une organisation installée. Elles sont pourtant particulièrement utiles.

Un jeune collaborateur qui arrive avec un autre rapport aux outils numériques, à l’information ou à la communication peut identifier des opportunités que l’entreprise ne voyait plus.

Cela suppose néanmoins de ne pas opposer systématiquement « les anciens » et « les jeunes ».

Le risque serait de tomber dans les caricatures : les seniors seraient trop attachés à leurs habitudes et les jeunes seraient trop impatients ou trop exigeants.

La réalité est beaucoup plus intéressante.

Chaque génération possède ses forces, ses réflexes et ses angles morts. Le rôle du management est précisément de faire travailler ces différences ensemble.

L’entreprise inclusive commence par l’entreprise apprenante

L’expérience d’Arturo del Rio illustre également une conviction importante : l’entreprise ne peut pas se limiter à attendre que les compétences arrivent sur le marché du travail.

Elle doit contribuer à les faire émerger.

Les interventions dans les écoles et les lycées, l’accueil de stagiaires ou l’implication dans des réseaux patronaux participent à cette dynamique. Elles permettent aux jeunes de découvrir concrètement le fonctionnement d’une entreprise et aux dirigeants de mieux comprendre les attentes de ceux qui entreront demain dans leurs équipes.

Cette relation avec les établissements scolaires constitue aussi un moyen de réduire la distance entre le monde éducatif et le monde professionnel.

Pour les dirigeants, le bénéfice est double : mieux faire connaître leurs métiers et construire progressivement un vivier de compétences.

L’innovation technologique ne remplace pas l’expérience humaine

Le parcours de Stim apporte un autre éclairage à cette réflexion.

L’entreprise travaille depuis longtemps sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour analyser l’image et développer des applications liées notamment à la sécurité ou au marketing. Cette technologie fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt considérable.

Pour autant, l’approche défendue par Arturo del Rio est pragmatique : l’IA n’a de valeur que lorsqu’elle répond à un besoin concret.

Cette philosophie rejoint directement la question intergénérationnelle.

Les nouvelles technologies peuvent accélérer certaines tâches, transformer certains métiers et modifier les façons de travailler. Mais elles ne suppriment pas la nécessité de l’expérience, du discernement et de la transmission.

Au contraire, plus les outils évoluent rapidement, plus la capacité à transmettre les bonnes pratiques et à prendre du recul devient stratégique.

L’enjeu pour les dirigeants n’est donc pas de choisir entre expérience et innovation.

Il est de construire une organisation dans laquelle les deux se renforcent.

En pratique : 5 leviers pour mieux faire travailler les générations ensemble

✅ Organiser la transmission dans les deux sens.Identifiez ce que les collaborateurs expérimentés peuvent transmettre, mais aussi ce que les plus jeunes peuvent apporter en matière d’outils, de pratiques et de nouveaux usages.

✅ Créer des binômes intergénérationnels.Sur certains projets, associer volontairement des profils expérimentés et plus juniors permet de croiser les compétences et de favoriser l’apprentissage mutuel.

✅ Accueillir les jeunes avant le recrutement.Stages, alternances, interventions dans les établissements scolaires : ces dispositifs permettent de créer une relation bien avant l’embauche.

✅ Faire de la remise en question une compétence managériale.Lorsqu’un jeune collaborateur propose une autre méthode, le premier réflexe ne devrait pas être de défendre l’existant, mais de comprendre ce que cette proposition peut apporter.

✅ Relier innovation et besoins concrets.Qu’il s’agisse d’intelligence artificielle ou d’autres technologies, partez toujours d’un problème à résoudre plutôt que de l’outil lui-même.

Faire de la diversité des générations un avantage concurrentiel

La question intergénérationnelle dépasse largement le sujet de l’âge.

Elle touche à la capacité d’une entreprise à conserver son savoir, à renouveler ses pratiques et à préparer ses compétences futures.

Pour un dirigeant, le véritable enjeu est donc de construire une organisation suffisamment solide pour capitaliser sur l’expérience, mais suffisamment ouverte pour continuer à apprendre.

C’est également là que le recrutement et le management se rejoignent : attirer de nouveaux profils n’a de sens que si l’entreprise sait ensuite leur donner une place, tout en permettant aux collaborateurs expérimentés de continuer à transmettre et à évoluer.

Cette approche demande de la confiance, du temps et une vraie implication managériale. Mais elle peut devenir un levier puissant de fidélisation, d’innovation et de performance collective.

Arturo del Rio revient sur cette vision de l’entreprise, sur son engagement auprès des jeunes générations et sur les enseignements qu’il tire de son expérience de dirigeant dans le nouvel épisode de Good Morning Travail.

🎙️ Pour écouter l’épisode : https://audmns.com/qXmabJP

Pour les dirigeants qui souhaitent faire du recrutement et de la performance commerciale des leviers durables de croissance, cette réflexion ouvre une question essentielle : comment faire de chaque génération une force pour l’entreprise plutôt qu’une catégorie à manager ?


 
 
 

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