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Recrutement, engagement, sens du travail : comment redonner envie aux talents de s’investir ?

il y a 2 jours
7 min de lecture

Les entreprises ont des besoins de recrutement, certains métiers offrent de véritables perspectives d’évolution, et des formations permettent d’accéder à des emplois qualifiés. Pourtant, un paradoxe persiste : les opportunités existent, mais elles ne suscitent pas toujours l’envie de s’engager.

Pour les dirigeants et les managers, cette situation soulève une question essentielle : comment rapprocher les besoins des entreprises des aspirations des personnes, sans réduire le recrutement à une simple mise en relation entre une offre et un candidat ?

Fondateur et dirigeant d’OFIAQ, organisme de formation basé à Montpellier, Rodolphe Bigot observe cette évolution depuis plus de vingt ans. Son expérience l’amène à défendre une conviction forte : un métier ne se résume pas à un emploi. Il s’apprend, se pratique et peut devenir un véritable levier de qualification, d’autonomie et de promotion sociale.

Son regard sur le commerce, l’alternance et les métiers des infrastructures numériques invite les entreprises à repenser leur manière de présenter les métiers, de former et d’accompagner les personnes. Une réflexion qui touche directement à la performance du recrutement et à la capacité des organisations à construire des équipes durables.

1. Le recrutement ne se résume pas au nombre de candidats disponibles

Lorsqu’un poste reste vacant, la première réaction consiste souvent à interroger le volume de candidatures, les canaux de diffusion ou le niveau de rémunération. Ces éléments comptent, mais ils ne suffisent pas toujours à expliquer les difficultés rencontrées sur le terrain.

Rodolphe Bigot met en évidence une autre dimension : la difficulté de certains publics à se projeter dans un métier et à trouver une raison de s’y engager durablement. Au-delà de la disponibilité des candidats, c’est parfois la capacité à envisager un avenir professionnel qui fait défaut.

Les conséquences sont concrètes pour les entreprises. Un métier peut offrir des débouchés, répondre à des besoins réels et permettre une progression, tout en restant peu attractif aux yeux de ceux qui pourraient l’exercer.

Pour les dirigeants, le sujet mérite donc d’être abordé différemment. Plutôt que de chercher uniquement à augmenter le nombre de candidatures, il devient nécessaire de travailler sur la compréhension du métier, les perspectives qu’il ouvre et les conditions dans lesquelles il s’exerce.

Rendre les métiers plus lisibles

Un poste est rarement attractif lorsqu’il est présenté uniquement à travers une liste de missions ou des contraintes horaires. Les personnes ont aussi besoin de comprendre ce qu’elles vont apprendre, ce qu’elles pourront accomplir et comment elles pourront évoluer.

Cette approche implique de donner davantage de visibilité au travail réel : les compétences mobilisées, les responsabilités progressives, les relations avec les clients et les possibilités de développement.

Pour un manager, l’enjeu est double. Il s’agit d’attirer des profils mieux informés, mais aussi de favoriser un engagement plus solide dès l’entrée dans l’entreprise.

2. Le commerce est un métier technique, pas une simple question de personnalité

La vente en magasin souffre parfois d’une représentation réductrice. Être vendeur serait avant tout une affaire de tempérament, de facilité relationnelle ou de capacité à convaincre spontanément.

La vision défendue par Rodolphe Bigot est différente : vendeur est un véritable métier, qui s’apprend et exige des compétences précises.

Accueillir un client, identifier son besoin, comprendre ses attentes, présenter une solution adaptée et accompagner sa décision nécessitent une méthode. La qualité de la relation commerciale repose autant sur l’écoute et la connaissance des produits que sur la capacité à adopter la bonne posture.

Cette technicité concerne également la gestion des situations délicates, l'organisation du travail en magasin et la capacité à représenter l'entreprise auprès de sa clientèle.

Former pour améliorer la performance commerciale

Pour les responsables commerciaux, cette approche a des implications directes. Recruter une personne dotée d'un bon relationnel ne garantit pas qu'elle saura répondre aux exigences du poste. À l'inverse, un profil débutant peut développer des compétences solides grâce à une formation adaptée et à un accompagnement de proximité.

Il devient alors pertinent de structurer l'intégration autour de plusieurs étapes : apprendre les fondamentaux, observer les pratiques, s'exercer, recevoir des retours et gagner progressivement en autonomie.

Cette démarche permet de réduire les écarts entre les attentes de l'employeur et la réalité du poste. Elle contribue aussi à valoriser des métiers parfois sous-estimés, alors qu'ils jouent un rôle essentiel dans l'expérience client et la performance du point de vente.

Le commerce physique conserve par ailleurs une dimension que les outils numériques ne remplacent pas entièrement : la qualité d'un échange humain, le conseil adapté à une situation concrète et la confiance qui se construit au fil de la relation.

3. L'alternance : un levier de qualification et de fidélisation

L'alternance constitue un autre axe majeur de la réflexion de Rodolphe Bigot. Elle permet de rapprocher les apprentissages des réalités professionnelles et de construire progressivement les compétences attendues par l'entreprise.

Pour un dirigeant, son intérêt dépasse la seule transmission de savoir-faire. Elle offre la possibilité d'intégrer une personne dans une dynamique d'apprentissage, avec des objectifs concrets, une progression visible et un accompagnement organisé.

L'alternance peut ainsi contribuer à élargir les viviers de recrutement, notamment pour les métiers confrontés à des difficultés d'attractivité. Elle permet également de ne pas limiter la sélection aux personnes qui maîtrisent déjà toutes les compétences recherchées.

Encore faut-il que le dispositif soit pensé comme un parcours professionnel à part entière.

Poser un cadre pour sécuriser les parcours

Former en alternance suppose de consacrer du temps à l'intégration, de désigner des interlocuteurs et de définir des objectifs progressifs. L'entreprise doit savoir ce qu'elle attend de l'alternant, mais aussi ce qu'elle met en place pour lui permettre de réussir.

Cette exigence est d'autant plus importante lorsque les personnes rencontrent des difficultés personnelles, sociales ou matérielles susceptibles de fragiliser leur parcours.

Le rôle de l'organisme de formation consiste alors à accompagner les apprentissages et à contribuer à la continuité du parcours, en articulation avec les acteurs concernés. L'entreprise, de son côté, doit offrir un cadre professionnel clair et des conditions d'apprentissage cohérentes.

L'enjeu est de trouver le bon équilibre entre exigence et accompagnement. Un cadre trop flou ne favorise pas la progression ; un environnement qui ne laisse aucune place à l'apprentissage risque de décourager les débutants.

Cette logique rejoint une conviction essentielle : la qualification ne sert pas seulement à occuper un poste. Elle permet aussi de gagner en autonomie, de renforcer sa légitimité professionnelle et d'envisager une évolution.

4. Les métiers des réseaux et du numérique : des besoins à mieux expliquer

Les métiers liés aux infrastructures numériques illustrent une autre difficulté du recrutement : certains besoins sont bien réels, mais les métiers qui y répondent restent parfois peu connus du grand public.

Le numérique ne se limite pas aux développeurs, aux informaticiens ou aux administrateurs réseau. Il repose également sur des infrastructures physiques, des équipements et des opérations de raccordement indispensables à son fonctionnement.

Les métiers de la fibre optique, des réseaux et des installations techniques participent ainsi à la construction et à la maintenance de ces infrastructures. Ils demandent notamment de la rigueur, une capacité à intervenir sur le terrain et le respect de procédures techniques.

Pour les entreprises, rendre ces métiers plus visibles représente une opportunité. Il s'agit de présenter des activités concrètes, leurs exigences et les compétences nécessaires, plutôt que de laisser les représentations générales du numérique déterminer seules l'intérêt des futurs professionnels.

Anticiper les compétences de demain

Les évolutions technologiques, notamment l'intelligence artificielle, conduisent également à s'interroger sur la place de l'humain dans le travail. Si certaines tâches peuvent être automatisées, les interventions physiques, les situations imprévues, la résolution de problèmes sur le terrain et la relation avec les clients conservent une importance particulière.

La réponse ne consiste donc pas à opposer systématiquement les métiers techniques aux métiers numériques. Elle consiste à comprendre comment les compétences évoluent et comment les formations peuvent préparer les professionnels aux réalités du terrain.

Pour les dirigeants, cette réflexion invite à raisonner en compétences plutôt qu'en intitulés de poste. Identifier les savoir-faire indispensables, les possibilités de formation et les besoins futurs permet de mieux anticiper les recrutements.

C'est aussi une manière de rendre les parcours professionnels plus lisibles et de mieux relier les besoins économiques aux perspectives offertes aux personnes.

En pratique : 5 actions pour mieux recruter et engager

1. Présenter le métier réel. Décrivez les missions quotidiennes, les contraintes, les compétences à acquérir et les possibilités d'évolution. Une représentation fidèle favorise des attentes plus justes dès le recrutement.

2. Identifier les compétences qui s'apprennent. Distinguez les prérequis indispensables des savoir-faire qui peuvent être développés en formation ou en situation de travail.

3. Structurer les premières semaines. Prévoyez des objectifs progressifs, un référent et des points réguliers pour accompagner la prise de poste.

4. Faire de la formation un investissement managérial. Donnez aux collaborateurs des occasions concrètes de progresser et rendez visibles les compétences acquises.

5. Relier les missions à une perspective professionnelle. Expliquez ce que le poste permet d'apprendre, les responsabilités qu'il peut ouvrir et la contribution de chacun à l'activité collective.

Redonner du sens au travail, c'est aussi renforcer la performance

Les difficultés de recrutement ne s'expliquent pas uniquement par le nombre de candidats disponibles. L'attractivité des métiers, leur compréhension et la possibilité de s'y projeter jouent également un rôle déterminant.

L'expérience de Rodolphe Bigot, à la tête d'OFIAQ, rappelle que la formation peut servir de passerelle entre les besoins des entreprises et les perspectives professionnelles. À condition de considérer les métiers comme des compétences qui se construisent, et non comme des fonctions auxquelles il faudrait être immédiatement préparé.

Cette approche rejoint les enjeux de performance commerciale et de recrutement durable : clarifier les attentes, développer les compétences et donner aux personnes des raisons concrètes de s'engager.

C'est également l'une des convictions qui guident l'accompagnement de Sublica : la performance repose autant sur la qualité du recrutement que sur la capacité à faire grandir les personnes dans leur rôle.

Derrière une difficulté de recrutement se cache parfois une question plus fondamentale : comment rendre un métier suffisamment compréhensible, formateur et porteur de perspectives pour donner envie de s'y investir ?

Pour approfondir ces enjeux, retrouvez Rodolphe Bigot dans Good Morning Travail, sur Radio Clapas.

🎙️ Écouter l'épisode : https://audmns.com/aZNhHQc


 
 
 

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