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Yann Fortunato : pourquoi la robustesse des territoires devient un enjeu stratégique pour les entreprises

il y a 4 jours
7 min de lecture

Et si la performance économique dépendait désormais autant de la santé des territoires que de la solidité des entreprises qui les font vivre ? Face aux risques climatiques, à la raréfaction des ressources et aux tensions qui fragilisent les chaînes de valeur, la question mérite d’être posée par tous les dirigeants.

L’arbre et la forêt ne sont plus seulement des sujets environnementaux. Ils peuvent devenir des leviers concrets pour protéger les activités économiques, renforcer la résilience des territoires et préparer l’avenir. C’est la conviction portée par Yann Fortunato, président-fondateur de Racines de France, une société à mission qui cherche à rapprocher les intérêts de l’économie et ceux du vivant.

Son approche repose sur une idée forte : plutôt que de considérer la nature comme une contrainte, les entreprises ont intérêt à la réintégrer dans leur stratégie de création de valeur. Une évolution qui invite à repenser les risques, les investissements et la contribution des organisations à leur environnement.

La robustesse des territoires : un enjeu qui dépasse l’écologie

Pour un dirigeant, la robustesse désigne la capacité d’un système à continuer de fonctionner malgré les perturbations. Appliquée aux territoires, cette notion prend une dimension particulièrement concrète : disponibilité de l’eau, qualité des sols, résistance aux épisodes de chaleur, prévention des incendies, préservation de la biodiversité et cohésion sociale.

Ces éléments peuvent sembler éloignés des préoccupations quotidiennes d’une entreprise. Ils influencent pourtant directement ses conditions d’activité. Une ressource en eau insuffisante peut perturber une production. Des sols dégradés fragilisent les filières agricoles. Des événements climatiques extrêmes peuvent interrompre des opérations, endommager des infrastructures ou désorganiser les approvisionnements.

La vulnérabilité d’un territoire devient alors celle des organisations qui en dépendent.

Cette lecture change la manière d’aborder les enjeux environnementaux. Il ne s’agit plus uniquement de réduire une empreinte carbone ou de répondre à une obligation réglementaire. Il faut aussi anticiper les dépendances de l’entreprise, identifier les risques physiques et contribuer à préserver les ressources dont son activité a besoin.

La robustesse invite ainsi à dépasser une vision limitée à la performance immédiate. Elle conduit à s’interroger sur la capacité de l’entreprise à durer, à absorber les chocs et à maintenir son activité dans des conditions changeantes.

L’arbre, une infrastructure économique encore sous-estimée

Repenser la place du vivant dans la gestion des risques

L’arbre est souvent associé au paysage, à la biodiversité ou à l’aménagement urbain. Pourtant, ses fonctions peuvent avoir des conséquences directes sur l’économie locale.

Les arbres contribuent notamment à limiter les effets de la chaleur, à protéger les sols, à favoriser l’infiltration de l’eau et à soutenir des écosystèmes dont dépendent de nombreuses activités. À l’échelle d’un territoire, leur présence peut participer à une meilleure gestion de certaines vulnérabilités environnementales.

L’enjeu n’est pas de présenter l’arbre comme une réponse universelle. Une plantation mal adaptée au climat, au sol ou aux ressources disponibles peut produire des résultats décevants. Le choix des essences, la gestion dans le temps et l’adaptation aux spécificités locales sont déterminants.

Mais cette approche permet de considérer le patrimoine naturel comme une composante de la résilience économique, au même titre que les infrastructures physiques ou les dispositifs de prévention des risques.

Pour les dirigeants, une question stratégique se dessine : quelle part de la continuité de leur activité dépend de ressources naturelles dont la dégradation pourrait fragiliser leur modèle économique ?

Forêt et agroforesterie : deux leviers complémentaires

La forêt et l’agroforesterie répondent à des logiques différentes, mais complémentaires.

La forêt s’inscrit dans un temps long. Sa gestion implique de tenir compte de la biodiversité, de la qualité des sols, de la disponibilité en eau et de l’évolution du climat. Sa résilience ne se décrète pas : elle se construit grâce à des choix adaptés aux conditions locales et à un suivi dans la durée.

L’agroforesterie consiste, quant à elle, à associer des arbres à des cultures ou à des systèmes d’élevage. Cette organisation peut contribuer à protéger les parcelles, à améliorer certains équilibres biologiques et à diversifier les fonctions d’une exploitation agricole.

Pour les entreprises qui dépendent des filières agricoles, ces pratiques ouvrent des perspectives intéressantes. Elles invitent à considérer la santé des écosystèmes comme un facteur de stabilité des approvisionnements, et non comme une question périphérique.

Avec Racines de France, Yann Fortunato défend cette logique à travers deux démonstrateurs territoriaux, l’un consacré à la forêt, l’autre à l’agroforesterie. L’ambition est de rendre ces approches plus opérationnelles et de mieux relier les actions de terrain aux besoins des acteurs économiques.

Investir dans la régénération : comment garantir la crédibilité de l’engagement ?

Sortir d’une approche centrée uniquement sur le carbone

Les engagements environnementaux des entreprises se sont longtemps concentrés sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cette priorité reste essentielle, mais elle ne suffit pas à rendre compte de l’ensemble des interactions entre une organisation et son environnement.

Le carbone ne résume ni l’état d’un sol, ni la qualité d’une ressource en eau, ni la richesse d’un écosystème. Une action favorable au stockage du carbone n’apporte pas automatiquement les mêmes bénéfices à la biodiversité ou aux ressources hydriques.

C’est pourquoi une approche intégrant plusieurs dimensions peut apporter une lecture plus complète des projets de régénération. Racines de France met notamment en avant une démarche de labellisation couvrant quatre domaines : le carbone, la biodiversité, les sols et l’eau.

Pour les dirigeants, l’intérêt réside dans la possibilité de mieux documenter les actions soutenues, de suivre leurs effets et de disposer d’éléments vérifiables pour rendre compte de leurs engagements.

Cette exigence est devenue centrale. Une communication environnementale imprécise, une promesse disproportionnée ou des résultats insuffisamment documentés peuvent exposer une entreprise à des critiques et fragiliser sa réputation.

La preuve avant la promesse

La crédibilité d’une démarche environnementale repose sur plusieurs principes : définir précisément les objectifs, établir une situation de référence, mesurer les résultats, suivre leur évolution et expliquer les limites éventuelles.

Le choix d’un label ou d’un dispositif de certification doit également s’accompagner d’une compréhension claire de son périmètre. Toutes les certifications ne couvrent pas les mêmes enjeux et ne garantissent pas nécessairement les mêmes résultats.

Pour une direction générale, l’enjeu est donc de dépasser la logique de communication. Un engagement pertinent doit s’inscrire dans la stratégie de l’entreprise, compléter les efforts de réduction de ses impacts et reposer sur des éléments suffisamment solides pour être examinés.

Cette discipline rejoint un principe essentiel de la performance durable : la confiance se construit par la cohérence entre les discours, les décisions et les résultats observables.

Faire de la transition écologique un projet collectif

La transformation des territoires ne peut reposer sur une seule catégorie d’acteurs. Agriculteurs, entreprises, collectivités, salariés et citoyens poursuivent des objectifs parfois différents, disposent de contraintes spécifiques et n'emploient pas toujours le même vocabulaire.

L’un des défis consiste donc à construire un projet suffisamment fédérateur pour donner à chacun une raison concrète de s’engager.

Pour un agriculteur, l’enjeu peut être la pérennité de son exploitation. Pour un élu, il peut concerner l’aménagement et la sécurité du territoire. Pour un dirigeant, il peut se traduire par la continuité des activités, la maîtrise des risques ou la solidité des approvisionnements.

Ces intérêts ne sont pas nécessairement contradictoires. Ils peuvent converger autour d’un objectif commun : préserver les conditions naturelles et sociales qui rendent l’activité humaine possible.

Cette perspective rejoint une question de management. Une entreprise ne mobilise durablement ses équipes ni ses partenaires en multipliant les injonctions. Elle doit donner du sens aux décisions, rendre les objectifs compréhensibles et montrer comment les contributions individuelles s’inscrivent dans un projet plus large.

Pour les dirigeants, la transition écologique peut ainsi devenir un sujet de cohérence stratégique. Elle relie la gestion des risques, la responsabilité de l’entreprise, les relations avec les parties prenantes et la vision à long terme.

C’est également dans cette logique que des acteurs spécialisés dans le recrutement et la performance commerciale, comme Sublica, peuvent accompagner les organisations : la capacité à faire vivre une ambition collective dépend aussi des compétences, des pratiques managériales et de l’alignement des équipes.

En pratique : cinq pistes pour les dirigeants

Pour intégrer la robustesse territoriale à la réflexion stratégique, plusieurs actions peuvent être engagées :

  • Cartographier les dépendances naturelles. Identifier les activités qui dépendent fortement de l’eau, des sols, des ressources forestières ou des filières agricoles.

  • Évaluer les risques à moyen et long terme. Examiner les conséquences possibles des épisodes de chaleur, des inondations, des incendies et des tensions sur les ressources.

  • Dialoguer avec les acteurs du territoire. Échanger avec les fournisseurs, les agriculteurs, les collectivités et les partenaires locaux pour identifier des vulnérabilités partagées.

  • Privilégier les projets mesurables. Définir des objectifs explicites, demander des indicateurs de suivi et vérifier la portée réelle des certifications mobilisées.

  • Relier les engagements à la stratégie. Intégrer la régénération des écosystèmes aux décisions d’investissement, aux politiques d’achats et aux actions de sensibilisation des équipes.

Ces démarches ne nécessitent pas toutes des transformations immédiates de grande ampleur. Elles permettent surtout de mieux comprendre les risques, de hiérarchiser les priorités et de construire des décisions cohérentes dans la durée.

Réconcilier performance économique et capacité du vivant à se régénérer

La réflexion portée par Yann Fortunato conduit à déplacer le regard : la nature n’est pas seulement un patrimoine à préserver, mais aussi l’une des conditions fondamentales de la stabilité économique.

Cette approche ne promet pas de supprimer tous les risques. Elle invite plutôt à mieux les anticiper, à investir dans la résilience et à rechercher des solutions qui associent les besoins des entreprises à ceux des territoires.

Pour les dirigeants, la question devient stratégique : une organisation peut-elle réellement construire sa performance future si les ressources et les écosystèmes dont elle dépend se fragilisent ?

L’épisode de Good Morning Travail consacré à Yann Fortunato permet d’approfondir cette vision, de découvrir la démarche de Racines de France et d’explorer les conditions qui rendent les projets de régénération crédibles et fédérateurs.

🎙️ Pour écouter l’épisode de Good Morning Travail : https://www.radioclapas.fr/portfolio/good-morning-travail/


 
 
 

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